André Dhôtel a beaucoup écrit: outre une quarantaine de romans, de nombreux essais,
nouvelles, contes, articles, préfaces et poésies. Une liste peut en être trouvée dans le
numéro 7 des
Cahiers André Dhôtel, de février 2010, qui peut
être commandé au prix de 15 euros auprès de l'Association.
On trouvera ci-dessous la liste des romans, principaux essais et nouvelles d'André
Dhôtel, avec la date de l'édition originale, ainsi que celle de rééditions plus
récentes, le cas échéant.
Les Chemins du long voyage, Gallimard, 1949 ; " Folio ", 1984.
L’Homme de la scierie, Gallimard, 1950; Sous le Sceau du Tabellion, 2020.
Bernard le paresseux, Gallimard, 1952 ; " L’Imaginaire ", 1984
(réedité en 2024 avec la postface de Peter Handke); Matthes und Seitz, Berlin, 2022
(allemand, avec préface de Peter Handke).
Les Premiers temps, Gallimard 1953, 1987.
Le Maître de pension, Grasset, 1954.
Mémoires de Sébastien, Grasset, " Les cahiers verts ", 1955.
Le Pays où l’on n’arrive jamais, P. Horay, 1955 ; " J’ai lu ", 1960
; Gallimard, 1975 …
Le Ciel du Faubourg, Grasset 1956 ; " Les Cahiers rouges ", 1984.
L’Œuvre logique de Rimbaud, Société des écrivains ardennais, 1933.
Rimbaud et la révolte moderne (édition augmentée du précédent),Gallimard,
1952 ; La Table ronde, 2003.
Jean Follain, Seghers, " Poètes
d’aujourd’hui ", 1956, édition revue en 1972.
Saint Benoît Joseph Labre, Plon, 1957 ; Desclée De Brouwer, 1983 ;
La Table ronde, " Petite vermillon ", 2002.
Le Roman de Jean-Jacques, Éditions du Sud, 1962.
La Vie de Rimbaud, Éditions du Sud, 1965; L'Oeuvre Éditions , 2010.
Nord, Flandres, Artois, Picardie, Sun, 1971.
Le Vrai mystère des champignons, Payot, 1974 (repris dans
Rhétorique fabuleuse, 1990).
Terres de mémoire (Souvenirs, témoignages, entretiens, photographies), J.P.
Delarge, 1979 ; rééditions partielles : Retour, Le Temps
qu’il fait, 1990 et 2003;
Ardennes, le pays où l’on arrive toujours, Renaissance du livre, 1999.
Lointaines Ardennes, Arthaud, 1979.
Rhétorique fabuleuse, Garnier, 1983 ; Le temps qu’il fait, 1990.
L’École buissonnière, (entretiens avec Jérôme Garcin), P. Horay, 1984.
Considérations théoriques sur les promenades (Journal des voyages), 1965),
Mont Analogue, 1996.
Dhôtel lecteur (choix de textes critiques), Cahiers André Dhôtel ,
n°11, 2013.
Correspondance avec Henri Thomas, Cahiers André Dhôtel , n°12,
2014.
La Littérature et le Hasard (essai), Fata Morgana, 2015.
Correspondance avec Marcel Arland, Cahiers André Dhôtel , n°14,
2016.
Lettres d'Autun, d'Athènes, d'Ardennes et autres lieux, Cahiers André
Dhôtel , n°17, 2019.
Nouvelles, contes et récits parus en volume
"Quelque trente ans après la disparition de leur auteur, la quasi-totalité des nouvelles
d’André Dhôtel est aujourd’hui disponible, grâce en particulier à quelques éditeurs
fidèles comme Phébus ou Fata Morgana. Sans atteindre le volume considérable des quarante
roman, cet ensemble représente plus d’une centaine de textes, ce qui constitue une part
non négligeable de l’œuvre et place l’écrivain, dans ce domaine, en très bonne position
parmi ses contemporains." (Philippe Blondeau, cahier nº20, 2022).
Ce cahier nº20 tente "d’apporter un peu d’ordre et de lumière dans cette production
longtemps dispersée, maintenant que « La Route inconnue » a mis à la disposition de ses
lecteurs, au fil de ses bulletins, la plupart des nouvelles encore introuvables.[...] Il
permet de rendre compte de façon raisonnée de ce qui est bien une facette autre et
hautement révélatrice de l’art d’André Dhôtel".
Il inclut en particulier un répertoire des nouvelles parues en volume, y compris les
bulletins de La Route inconnue, avec résumés; ainsi qu'un dictionnaire des personnages des
nouvelles.
Du Pirée à Rhodes, Le Rouge et le noir, 1928 ; Séquences, 1996 (suivi de
Printemps grec).
Ce jour-là, Gallimard, 1947; Phébus, " Libretto ",
2004.
La Chronique fabuleuse, Ed. de Minuit, 1955 ; Mercure de France (éd.
augmentée), 1960 ; 2000.
L’Ile aux oiseaux de fer, Fasquelle, " Libelles ",
1956 ; Grasset, " Cahiers rouges ", 2002.
Les Voyages fantastiques de Julien Grainebis, P. Horay, 1958.
Idylles, Gallimard, 1961 ; " Folio ", 2003.
La Plus belle main du monde, Casterman, " Plaisir des
contes ", 1962.
Le Robinson de la rivière, Casterman, " Plaisir des
contes ", 1962.
Les Lumières de la forêt, Fernand Nathan, 1964.
Un soir, Gallimard, 1977; La clé à molette, 2014.
La Merveilleuse bille de verre, Robert Laffont, 1980.
Comment Fabien regarda l’aurore, Clancier-Guénaud, " Les Premiers
temps ", 1982.
La Princesse et la lune rouge, Casterman, 1982.
Le Bois enchanté et autres contes, Hachette, 1983.
La Nouvelle chronique fabuleuse, P.Horay, 1984.
Pierre Marceau (Mesures n° 2, 15 avril 1940), Mont Analogue, 1993.
Un adieu, mille adieux, " La bibliothèque Gallimard ",
2003.
Quand je te reverrai, Phébus , 2004.
Beauté, Phébus (édition hors commerce) , 2004.
Le Club des Cancres, Le Mercure de France, 1949; La Table Ronde ,
2007.
Le Robinson de la Rivière et autres contes, Larousse, "Les
contemporains, classiques de demain", ", 2011.
D'un Monde Inconnu, Fata Morgana , 2012.
Ombres et Lumières, Cahiers André Dhôtel n°10, 2012.
Les Temps perdus, Fata Morgana , 2014.
Derniers Récits, Cahiers André Dhôtel n°16, 2018.
Histoire sentimentale, L'Arbre vengeur, 2022 (nouvelle de 1937).
Dhôtel nouvelliste, Cahiers André Dhôtel n°20, 2022.
Poésie d'André Dhôtel
Le Petit livre clair, Le Rouge et le noir, 1928 ; Deyrolle &
Balmoral, 1997.
La Vie passagère, Phébus, 1978.
Poèmes comme ça, Le Temps qu’il fait, 2000.
Théâtre
Le Théâtre de Dhôtel, Cahiers André Dhôtel , n°5, 2007.
Le Théâtre radiophonique, Cahiers André Dhôtel , n°8, 2011.
Le Plateau de Mazagran
Le plateau de Mazagran, c'est toute l'atmosphère d'un village de province: les
habitants, leur quotidien, leurs ragots, les paysages au fil des saisons.
Et puis il y a l'aventure qui vient troubler la quiétude. Deux jeunes gens, deux
amis, s'éprennent d'une jeune femme venue d'ailleurs.
L'amour, l'amitié, la jalousie, le mystère: l'intrigue se noue comme se tisse la
toile d'araignée.
Le Village pathétique
Odile avait dix-neuf ans et Julien vingt-cinq. Ils comptaient seulement quelques
mois de mariage et, comme d'incessantes querelles les divisaient, ils avaient
convenu qu'au retour de ce voyage ils feraient les démarches nécessaires pour le
divorce.
Le mois de juin s'était annoncé par de belles journées coupées de quelques pluies.
Ils partirent d'Aulnay à la fin du mois, un samedi, vers trois heures, et couchèrent
dans une auberge de Meaux...
Le Village pathétique
Enfant puis adolescent à Nauplie, Iannis se lie d'amitié avec Marcos et s'éprend
d'Hélène qui refuse de l'épouser. Il suit ses parents à Athènes mais, après
l'accident de la voiture qu'il conduisait et où son frère trouve la mort, il
s'enfuit, travaille dans la ferme de Périclès, puis trouve un emploi subalterne dans
les mines de Kouphonisi:
"Vous ne trouverez le nom de cette île sur aucune carte, car il n'existe pas de
lieu plus isolé sur terre, je pense...".
Il passe des jours monotones sous les ordres du mystérieux Epaminondas, mais reverra
un jour Hélène qui accompagne l'arrogant propriétaire des mines...
Le Village pathétique
Alexis a vécu plusieurs années auprès de son grand'père Monsieur Grégoire dans le
domaine de Valmarie,
"une assez vaste contrée dont les bornes étaient marquées par les marais, par une
falaise où serpentait la route vers le village de Sognes, et par des ravins et des
rochers d'où l'on découvrait des perspectives sur d'autres immenses forêts.
Ces lieux étaient livrés à un désordre magnifique". Mais ses parents le reprennent avec eux pour
qu'il aille au lycée où il
rejoint la Société de Recherches de Sylvère, Didier et Faustin. "Enfin un jour de printemps, ils suivirent au fond des bois, la clameur d'une
voix frêle sans arriver à joindre celle qui lançait ces appels. Ils revinrent bien
après la nuit tombée, hantés par cette voix chantante."
"Pendant trois jeudis ils parcoururent sans se lasser la forêt".
Il y découvriront un jardin abandonné et un vieux moulin qui surplombe la ville et
d'où l'on a un incroyable panorama...
"Alexis cria "Raulois, Valmarie, Hodeïdah!..."
Le Village pathétique
Alors qu'ils terminent des vacances en Italie, les parents de Jonas sont appelés
d'urgence par un oncle et, après un épuisant voyage de nuit en train, laissent leur
fils à la gare de Lyon pour qu'il rejoigne son grand'oncle Armand à Montgeron.
Mais Jonas s'endort et se retrouve à Brunoy, sans sa valise. Dans un fête il
aperçoit une jeune fille qui lui dit "Suzannah !" et disparaît. Il court en vain à
sa recherche, puis trouve par hasard la voiture de son grand'oncle où il se cache
puis s'endort à nouveau. "Quand Jonas s'éveilla il fut d'abord étonné par un éclairage étrange. Il se
dressa d'un bond et se mit à genoux pour regarder par la portière.
De la voiture à l'arrêt il aperçut alors une plaine immense un peu vallonnée, qui
était tout à fait surprenante. Des chaumes à l'infini. La lumière d'un coucher de
soleil rasait les herbes pour la plupart désséchées. Tout était rouge et un
silence profond régnait aux alentours." Un des romans les plus féériques d'André Dhôtel.
L'honorable monsieur Jacques
"La Saumaie, qui comprenait trois villages dans la vallée du ruisseau, Le Vivier,
Hersigny et Mauterre", n’est pas une contrée comme les autres.
"Elle s’étendait sur quatre mille hectares, de la source du ruisseau jusqu’à une
ouverture entre deux longues pentes, du haut desquelles on pouvait apercevoir la
grande trouée de la rivière. Tout le pays était engoncé dans les terres si bien
qu’on avait dû dans les villages faire monter au plus haut les antennes de
télévision."
Un jour la rumeur court que Jacques Soudret, le fils du pharmacien de Bercourt,
"l’orgueil de Bercourt… docteur en pharmacie, et muni de surcroît de divers
diplômes scientifiques", venu pour quelque temps de Paris pour aider son père à la pharmacie, va
épouser
Viviane Aumousse, une fille plutôt sauvage qui aime à se promener dans la
Saumaie.
Ils se marient, habitent Charleville-Mézières, comptent s’installer à Paris. Un jour
Jacques constate que Viviane est partie sans laisser d’adresse. Il va alors revenir
parcourir la Saumaie à sa recherche, et devoir découvrir son étrange géographie et
ses curieux habitants : l’oncle Athanase, les fermiers Gustave et Eustache, Rosalie
la sœur de Viviane…
Des trottoirs et des fleurs
Léopold, dessinateur talentueux mais inconstant, déroute son entourage car il
excelle à faire n’importe quoi plutôt que ce qui lui est demandé ou est attendu de
lui.
Il rêve à Marguerite qu’il a perdu de vue, courtise Ida et Solange sans grande
persévérance, et en marchant au hasard, trouve
"ce qu’il cherchait en ces régions confuses de la ville. Un lieu absolument coupé
de toute raison de vivre, étranger à toute idée."
Il loue une chambre dans cette rue des Aulnes, y retrouve Marguerite, qu’il suit un
jour hors de la ville, jusqu’à la colline des Pleux,
"abrupte avec ses bois et ses friches", mais menacée par un projet
immobilier. Il se lie d’amitié avec Cyrille, le frère de Marguerite, avec qui il
vagabonde sans but. "Ainsi se poursuivait une conversation absolument stérile, tandis que le soleil
touchait presque la limite du ciel pur.
- Plus un seul nuage maintenant, conclut Léopold.
- Si je comprends bien, dit Cyrille, tu aimes te fourrer dans des chemins sans
issue."
Ils rencontreront aux Pleux Clarisse et Rosalie, vivront avec elles des amours
chaotiques qu’ils voudront sauver en se lançant dans une étrange enquête entre la
rue des Aulnes et les Pleux, où ils feront la connaissance d’autres curieux
personnages dans ces zones oubliées entre banlieue et campagne… "Elles n’avaient plus rien d’autre à faire bien sûr qu’à examiner autour d’elles
les plantes sauvages dans le soleil. Comme si une tête de chardon détenait quelque
réponse à leurs violentes préoccupations. On calcule, on raisonne, et la vérité
essentielle se trouverait aussi bien dans l’éclat d’une fleur."
Ce jour-là
Dans le petit village de Stonière, sous l’Occupation, Germaine vit humblement avec
son mari Martial. Ils ont plusieurs fils, dont l’un, Frédéric, d’un premier mariage
de Martial, et un autre, Fabien, d’un amour de Germaine alors qu’elle était servante
en Grèce. On dit dans le village que Fabien courtise l’épouse de Frédéric, la très
belle Lise, d’origine orientale. Un matin, au lavoir, Germaine apprend que le
père de Fabien serait aussi celui de Lise… Affolée, elle part à la recherche de la
vérité, alors que Lise fuit la maison de Frédéric.
L'Azur
Emilien Dombe, ses études d’agronomie faites, trouve à s’employer comme chef de
culture au village de Rieux, chez Hector Janret, qui possède de vastes terres mal
exploitées. Il fait la connaissance des familles du cru, l’agriculteur Desterne, le
botaniste Chimard, Ralph, la vieille Domus, le père Comtois, le charpentier Comète,
le redouté Prabit, leurs antiques rivalités et leurs mystérieuses alliances. Leurs
fils et filles courent la campagne, il y a Fabienne, Jenny, Blanche, Aurore… Emilien
se rend compte que Janret ne tient guère en fait à améliorer ses terres. Un beau
jour de décembre, parcourant les friches abandonnées le long de l’Aisne, il aperçoit
une jeune fille inconnue aux jambes nues et au chapeau de paille. Elle disparaît
aussitôt. Il part à sa recherche, et entendra des légendes anciennes et des récits
d’il y a cinquante ans… "A son premier pas dans les vergers Emilien découvrit toute la vallée. C’était
soudain un pays très différent de la plaine d’Aigly et du plateau inégal où la
ferme était bâtie en retrait. Surtout remarquable par le désordre des bouquets
d’arbres et des hauteurs environnantes. La vie ferrée filait en un tracé
rectiligne vers Aigly dont on apercevait la gare à des kilomètres. La rivière
disparaissait dans une confusion de feuillages.[…] Il faudrait labourer tout ça.
[…] Il fallait faire d’incessants détours à cause des buissons et des bouquets
d’arbres. Un poirier. Les poires pourrissaient dans l’herbe. […] Sur cette
butte-là, les herbes des lieux arides, qu’on appelle brachypodes. En haut de la
butte se tenait une fille."
Retour
Dans "Retour" André Dhôtel évoque son arrivée, après la guerre en 1919,
dans les Ardennes qu'il ne connaît alors que fort peu, les ayant quittées à l'âge de
7 ans pour Autun. A la gare d'Amagne-Lucquy où il arrive en pleine nuit le soir de
Noël, c'est un soldat amanite sorti d'on ne sait où qui lui indiquera le chemin,
douze kilomètres à pied. Il trouvera Attigny "détruite de fond en comble"
et la maison de ses parents à demi écroulée avec seulement deux pièces
habitables.
Mais "C'est ici que je me pose une question, qui d'ailleurs me revient souvent et à
laquelle je ne trouverai jamais que des semblants de réponse [...]: pourquoi le
pays où s'est déroulée toute une vie d'enfance suffisamment absorbante a-t-il si
peu compté en comparaison des Ardennes, inexistantes pendant si longtemps ?"
Peut-être "Cela s'expliquait par une immense différence avec la campagne autunoise dont la
plaine s'encombre de haies qui limitent toujours la vue tandis que la partie
montueuse multiplie les coins pittoresques. Ici s'affirmait un espace vaste et
soudain. [...] Au cours de promenades on pouvait remarquer tout au plus un arbre
au bout du ciel, et le regard ne s'arrêtait presque jamais."
André Dhôtel nous entraîne alors sur les sentiers buissonniers de la paresse et de
la totale inaction, des lectures (Jack London, Panait Istrati, Limbour...) et des
rencontres (l'illumination de Rimbaud à Roche): "Il y a d'abord la pêche à la chevesne, limitée aux
heures où le poisson remonte à
la surface. On choisit des endroits où se poster à loisir, on laisse descendre la
sauterelle de l'hameçon sur l'eau paisible et il suffit d'une petite heure pour
ramener deux livres de ces chevesnes. Après quoi il ne reste plus rien à faire
dans tout l'après-midi."
Et "apparaît peu à peu l'image d'une terre contre toute raison toujours double, sans
parler de son ciel. Pas ambiguë, pas absurde, simplement deux réalités qui mettent
en jeu une intelligence non pas contradictoire, mais invisible, impossible,
merveilleuse."
Une très belle introduction à l'œuvre de l'auteur.
Retour
Dans la petite ville ardennaise de Flagny, "petite ville [...] en vérité mal située au milieu de cette
plaine bosselée
qu'occupent les cultures et quelques bois de pins", "où tout se sait", Antoine Marvaux est
le dernier rejeton d'une famille
assez honorable. Mais, contrairement à ses aînés déjà établis, ou à ses camarades
Desserge et Laurépin avec lesquels il multiplie les sorties dans la campagne
avoisinante, Antoine a dès son enfance un don avéré pour se mettre dans des
situations ridicules, suscitant la risée des personnes respectables de la petite
société hiérarchisée de Flagny, et le désespoir puis la résignation de ses parents:
"Antoine ne cherchait pas à se faire remarquer, mais il savait tomber à chaque
instant sous le coup des lois et se faire inonder de reproches qu'il accueillait
comme une bénédiction." Puis Antoine est accusé de plusieurs larcins...
Commencent alors plusieurs histoires s'entremêlant autour d'Antoine: les amis
Desserge et Laurépin, plus forts et plus sérieux que lui; la mystérieuse et très
belle Irène, venue de Grèce, avec ses deux filles Maria et la farouche Clarisse, qui
sauvera Antoine et Desserge se battant au bord d'un ravin; près de ce ravin, au-delà
du hameau de Grivan, la prairie, "cette terre toujours un peu lumineuse" -
"Il ne pourrait jamais s'expliquer pourquoi il s'était attaché à cette prairie
[qui] annonçait le lointain des terres environnantes, comme si elle était
elle-même lointaine déjà."; et "il y avait Vlaque toujours à cracher et à fumer de vieux mégots
et qui donnait à
Antoine des renseignements inédits, encore plus fabuleux que ceux de la ville." Vlaque connaît des
choses à propos d'Irène, que le père Laurépin courtiserait.
N'oublions pas enfin le renard roux, qu'on aperçoit de temps à autre filant
furtivement dans la prairie...
Antoine, Laurépin et Desserge partent faire leurs études, ils se retrouvent pour les
vacances à Flavigny. "Les complications anciennes avaient disparu." Antoine
fait la connaissance d'Edwige, la jeune sœur de Laurépin, dont il tombe amoureux. Il
revient travailler comme clerc chez le notaire de Flavigny, il sort avec Edwige, un
avenir simple semble se profiler...
Mais voici qu'Antoine se trouve accusé du vol de montres appartenant au père
Laurépin. Edwige rompt avec lui, le notaire le place à la Sucrerie à la sortie de
Flavigny, il va habiter, comme en exil, à Grivan où il découvrira les êtres curieux
qui y habitent, tout près de la prairie: M. Casimir, Vlaque et Aurane, la famille
Danard, le vieil Arcadius Lacrou. Ils croisent parfois Clarisse. Vlaque aime Maria,
et avec Antoine ils se mettent à la recherche d'Irène et de ses filles. Un jour,
Antoine est promu à Lille. Finir a-t-il par s'établir respectablement dans la vie,
avec Eléonore qui "était peut-être la plus belle fille de Lille, une brune aux yeux noirs" et qui
s'intéresse à lui ?
"Un soir, après un orage, on vit s'avancer une fille sur le chemin de Bloise,
au-dessus de la prairie. Ce fut Cyrille qui l'aperçoit le premier. Ses cheveux
étaient plaqués sur les épaules et sa robe était trempée."
Un des romans les plus aboutis et les plus riches d'André Dhôtel.
Retour
Dans la petite ville de Bercourt, l’industriel Bleuse et le papetier Remirand, amis
de longue date, sont les parents des jeunes Angèle et Valentin. Ce dernier «
ne se préoccupait jamais du moindre avenir » et fuyant toute situation
stable, court la campagne en vélo, propose à tous de menus bricolages, et ne prête
guère attention à Angèle malgré le souhait des deux familles de les voir se marier.
«
Il savait que les seules choses qui comptaient c’étaient le ruban de la route,
les montées et les descentes et le ciel couvert ou bleu
».
Un beau jour Valentin rencontre une cycliste qu’il croit un moment être Angèle, et «
ce visage à peine entrevu lui semblait avoir été exceptionnellement triste et
beau
». Serait-ce la mystérieuse Agathe, qu’on voit de temps à autre dans la contrée
seule ou avec une bande de jeunes, et qui pourrait être la jeune sœur d’Angèle
disparue enfant lors d’un tremblement de terre sur une île grecque ? Valentin et
Angèle se mettent en quête ensemble. Ce sera la rencontre de multiples personnages
hauts en couleurs, le châtelain Narvibard fou de roses, Madame Aristide, Madame
Eusèbe, Monsieur Perlique, Madame Senuc, son frère le polytechnicien Roland Merry
qui veut à tout prix épouser Agathe qu’il a rencontrée à Alexandrie. «
Valentin et Angèle avaient l’absolue certitude qu’Agathe était à la fois
merveilleuse et misérable, lumineuse et bornée, ce que personne ne voudrait jamais
admettre dans la bonne société qui veut qu’on se décide pour une personnalité soit
notable soit inférieure.»
Agathe fait peur les gens, elle a un don pour trouver des objets perdus, pour
deviner l’avenir, «
elle vous lançait à la figure des vérités que personne n’ose exprimer
», elle paraît d’ailleurs, «
comme si elle n’appartenait à notre monde que par intervalles
». Angèle et Valentin retrouvent sa trace chez Madame Destreilles et sa petite-fille
Aurore, qui habitent une maison isolée. Agathe apporte régulièrement des présents à
Aurore, malade de langueur. Mais voici que Narvibard parvient à capturer Agathe et
la convainc de l’aider à retrouver un hypothétique trésor enfoui sous les ruines
d’un monastère au milieu d’une forêt…
«
Les gens comme vous, lui dit-elle, tiennent absolument à ce qu’on ait des raisons
de vivre. Un jour ou l’autre il faut céder. Voilà ce que j’ai voulu vous expliquer
et je vous prédis que je céderai. Mais je ne veux pas y croire à vos raisons. A
aucun prix.
»
Nulle Part
A Béthune, Jacques Brostier est co-propriétaire de l’Hôtel Central avec sa tante
Irène, qui souhaite lui arranger un mariage avantageux avec sa cousine Armande : «
Vous voulez que j’épouse ma cousine. L’oncle Cœuret est-il de votre avis ? – Ce
serait une bonne affaire. Tu posséderas bientôt cet hôtel, peut-être un plus grand
(j’ai d’autres ambitions), et tu lui parais sérieux
». Jacques est invité régulièrement par la famille Cœuret, mais il s’interroge
néanmoins sur cet avenir tout tracé que lui proposent Armande et sa famille : «
Je désire réaliser quelque chose : cela ne fait pas de doute. Seulement ce n’est
peut-être pas dans le sens que tu crois. – Mais, mon vieux Jacques, tu es
construit pour parvenir méthodiquement à une situation que je pourrai t’indiquer à
l’avance.
»
Lui jusqu’alors très casanier («
Depuis cinq ans il n’avait pas quitté la ville et il s’éloignait à peine de
l’hôtel
») se met alors à errer au hasard dans les rues et banlieues de Béthune. Il est
ébloui par le visage changeant d’une jeune fille, Jeanne Balloy, qui fait le métier
de colporteur, et habite avec sa famille sans activité bien définie, qu’on dénomme
communément « les sauvages », dans «
une maison disloquée qui comportait des pignons très aigus et branlants, et qui
paraissait vaste
». Il la suit dans les faubourgs et la campagne proche, parvient à la courtiser : «
la jeune fille se serra peu à peu contre Jacques, ou bien ce fut lui qui
l’attira, et ils s’arrêtèrent pour échanger un baiser. Puis ils entrèrent dans la
campagne.
» S'ensuivent rencontres erratiques et fuites.
Parallèlement Jacques fréquente Armande, qu’il rejoint pour des vacances prolongées
dans le Charollais, où le père Cœuret possède une grande demeure et des
exploitations agricoles. Le mariage se précise, mais Jacques doute toujours : «
Je cherche une performance à accomplir, bien adaptée à mon caractère et je ne la
trouve pas. Armande voudrait que j’embrasse une carrière d’industriel, et c’est
idiot. […] Armande ne tarda pas à le rejoindre. Elle lui tira les cheveux pour le
forcer à se lever : - Je t’empêcherai de rêver comme un ange.
». Est-ce de l'amour ? «
Il se rappelait qu’il l’avait prise dans ses bras le matin où elle revenait de se
baigner. Par contre, elle l’embrassait toujours distraitement.
» Bien différemment de Jeanne : «
… elle laissa encore leurs deux visages se rapprocher comme si elle voulait
s’abandonner, puis brusquement elle se déroba. […]- Je me sens brûlante mais j’ai
le désir de vous écarter.
»
Mais voici que sa tante, malade, le rappelle à Béthune : elle a voulu miser gros
pour accroître la fortune de Jacques, elle n’a réussi qu’à les ruiner. Elle décède.
Il cède l’Hôtel Central et trouve un emploi modeste dans un magasin de meubles. «
Jamais dans sa vie Jacques n’eut l’impression de parcourir une solitude aussi
définitive. […] Peu importe qu’on trouve ou non l’espérance au-delà des mers. Il
faut la saisir d’abord au long de ces immeubles monotones. On est sûrs alors
qu’elle est partout répandue. ». Il tisse des relations avec un groupe de garnements du quartier,
Nicolas et
Edmée, eux-mêmes liés aux neveux de Jeanne; ainsi qu'avec le libraire Hermin, un
personnage étrange qu'on soupçonne de meurtre et de contrebande, et qui veut épouser
Jeanne…
Campements
Jacques Brion, instituteur de campagne à Saint-Pierre, ne se décide pas à suivre les
conseils de son ami Gabriel qui l’incite à partir en orient. Il rencontre Jeanne,
dont il se croit un moment dédaigné mais qu’il retrouve et épouse. Le jeune couple
rêve encore de voyage quand arrive une lettre de Gabriel. Puis la vie suit son
cours, perturbée par une brève infidélité de Jeanne, égayée par l’amitié d’un
peintre qui vient s’installer dans le village, occupée par la naissance des enfants,
dont le plus jeune meurt au moment même où le projet de voyage est sur le point de
se concrétiser après une visite inattendue de Gabriel. L’histoire de Jacques se
confond ensuite avec celle de son fils Michel qui vit un amour contrarié ave Marie,
part à la ville pendant un temps, puis revient pour repartir enfin avec celle qu’il
aime tandis que son père les suit de loin et les voit disparaitre. Le chien de
Jacques les rejoindra un instant comme un ultime messager.
Comme le titre le suggère, ce premier roman, dépourvu d’une véritable intrigue, est
surtout une méditation poétique sur la fragilité des séjours humains, déchirés entre
un ici et un ailleurs, à une époque où André Dhôtel lui-même se partage entre la
France et la Grèce. Pour cela, et non pour quelque atmosphère féerique, ce livre est
peut-être celui qui justifierait le mieux le rapprochement aussi fréquent qu’ambigu
avec
Le Grand Meaulnes
d’Alain-Fournier.
La maison du bout du monde
"Vers le nord de la Champagne, entre les hameaux de Patermin et de Coucherol, se
déroule sur douze ou treize kilomètres une route vicinal rectiligne, presque
toujours déserte". Ainsi débute ce roman d'André Dhôtel.
A l'est de cette plaine sans attrait se cache le vallon perdu de Prébail, où une
maisonnette est tout ce qui subsiste d'une grande ferme abandonnée, elle-même
relique d'un très ancien château muni d'un grand donjon, dit-on, et de galeries
souterraines. Dans cette maisonnette habitent Mlle Dargnies et son filleul Florent,
lequel ne va qu'épisodiquement à l'école de Ramert, très éloignée. Mlle Dargnies
aime à contrer de vieilles histoires à son filleul, dont celle d'un collier d'or
orné de deux rubis, et qui aurait il y a bien longtemps appartenu au châtelain
Hughes. Ce collier échappait souvent à son propriétaire, et portait malheur à qui le
volait.
Un jour arrive à Prébail Thomas Roudart, un vagabond que Mlle Dargnies accueille
pour contribuer à l'éducation de Florent. Dans un précédent métier de joaillier, il
aurait eu entre ses mains un collier d'or qu'il a réparé avant de le perdre... Quand
Mlle Dargnies lui raconte son histoire du collier, il s'enfuit. Florent, lors d'une
promenade sans but, fait la connaissance à Bermont de la famille Berclet, en
particulier de leur fille Laure, dont le visage lui rappelle celui d'une jeune fille
aperçue à l'aube dans la campagne sauvage, et qui semblait porter un collier d'or...
Laure lui confie un jour qu'elle a parmi ses bijoux un collier d'or, mais Florent ne
veut pas le voir. Un jour le collier disparaît, Florent est soupçonné et s'enfuit,
retrouve Thomas, fait la connaissance de Flora, Jonas et Apolline.
Puis lors d'une fête foraine il reconnaît la fille apparue dans le campagne, elle a
un collier d'or... "Car partout où ils se trouveraient ensemble, il y aurait toujours la vie,
l'amitié et l'amour, sauvages et inexplicables."
Lorsque tu reviendras
Dans la ville de Paliokastro, Antonis, promis depuis longtemps à Angeliki fille de
la famille aisée des Polyxinkis, sans métier bien défini, mène diverses menues
activités précaires et peu lucratives. « Il avait la conviction inébranlable que
l’extrême inaction devait lui donner une chance inimaginable ».
Et pourtant « Les yeux noirs d’Angeliki, ses cheveux presque bleus à force d’être
noirs, c’était toute sa vie. » Mais sentant qu’Angeliki souhaite « qu’il en passe
par où elle voudrait » et qu’il « exerce son intelligence pour un avenir plus noble
ou un bel idéal », il se met à fréquenter sa tante Euphrasie et ses deux filles,
juste pour la faire enrager.
Un beau jour le jeune Tytiros le promène en mer. La mer dont l’étendue vide,
absolument calme et bleue le fascine de plus en plus et Antonis constate bientôt «
que son esprit était en proie à une sorte de folie ». Selon le vieux Barba Iorgos à
qui il se confie, l’explication est « la présence, rien qu’une présence », « o theos
», le dieu.
Angeliki toutefois l’invite à l’accompagner à Athènes, où elle lui confierait la
gérance d’une grande librairie qu’elle doit reprendre de son oncle. Mais au dernier
moment Antonis refuse de la suivre. Elle affirme alors qu’ils sont séparés de façon
définitive mais Antonis répond : « Lorsque tu reviendras… ».
Il passe le plus clair de son temps à contempler la mer. Mais pour les habitants,
c’est qu’il doit identifier quelque trésor, peut-être un navire antique chargé de
merveilles qui aurait sombré là…
Il retrouvera Angeliki – ou ne sera-ce qu’une image de son aimée ? Le dernier roman
d’André Dhôtel, et l’un des plus étranges.
Histoire d'un fonctionnaire
D’emblée le jeune Florent Dormel apparaît comme pas bon à grand-chose, trop faible
pour reprendre la propriété agricole de son père, qui conclut en disant qu’on en
fera un fonctionnaire.
Il l’envoie tout de même chez l’oncle Anselme « Un homme sûr […] aussi solide qu’un
roc […] associé à la direction des glaisières à Romeux […] Mon cher Florent, l’oncle
Anselme c’est un modèle à suivre pour toi […] Jamais il n’a perdu une minute.
Toujours à calculer. Personne pour lui résister. »
Mais Anselme finit par rejeter Florent, tout en l’assurant de façon contradictoire
de son amitié. On apprend qu’il a disparu, à la recherche d’une collection d’objets
d’art dont un bijou extraordinaire ayant appartenu au père de son épouse : « Un
joyau magique », « Il ressemble à une rose […] ce médaillon est d’un rouge sombre
qui vous pénètre et vous brûle. », « La fameuse collection s’avérait toujours aussi
étrange que nécessaire à la vie ».
Avec l’aide de son ami Georges, Florent partira à la recherche de la collection,
tout en faisant la connaissance de Prisca, la cavalière « aux yeux de feu et aux
lèvres de feu » et de la charmante libraire Rosalie. Il est attiré par les deux
adolescentes et cherchera plus ou moins maladroitement à les conquérir, toujours
avec le concours de son ami Georges. Or pour cela, il convient que Florent trouve
une place dans la société. Il obtient un poste de répétiteur et annonce à sa famille
ravie son mariage avec Rosalie.
Mais voilà qu’il fait la connaissance d’Edwige, telle une apparition : « Il la
reconnut cependant, non à traits, plutôt comme si une clarté soudaine l’envahissait
». Edwige, comme sa camarade d’enfance, qu’il n’avait jamais vraiment oubliée…
Les Rues dans l'aurore
L’un des plus longs romans d’André Dhôtel, ce livre se déroule sur une trentaine
d’années. Dans la petite ville de Verziers, Georges Leban, 9 ans, se lie avec la
jeune Edith, fille de Paul et Juliette Roncier. Paul Roncier, qui emploie le père de
Georges, poursuit certains projets de constructions et d’améliorations à Verziers,
en particulier dans le quartier sordide du Siourd, associé à quelques amis, Bernoux,
Billau et Pramieux. Ce groupe s’oppose aux prétentions de René Casteaux, un nouveau
riche qui investit dans l’industrie, mais aussi des terrains, des cafés et des
affaires peut être louches.
Georges sème le trouble dans cette petite société lorsqu’il émet de façon inattendue
quelques mensonges atteignant la réputation des Roncier. Son père, sous la pression
du directeur du lycée, le retire de l’établissement et le fait employer dans l’étude
de Maître Patard. Georges fait la connaissance des habitants du Siourd avec son ami
Louis Grovey et suit de loin les opérations de Roncier et Casteaux. Quelques années
plus tard, il accuse faussement Roncier d’avoir assommé un homme. Il est mis à la
porte de l’étude, et trouve un emploi de manœuvre chez Casteaux. Alors qu’il
travaille dans la forêt à charger du bois, il fait la connaissance de la belle et
mystérieuse Anne-Marie Casteaux qui vit isolée du monde…
Peu à peu, occupant successivement divers emplois administratifs et procéduriers,
Georges Leban découvrira quels sont les multiples secrets cachés par les Ronciers et
les Casteaux, tandis que ces derniers poursuivent tant bien que mal leurs manigances
immobilières…