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II - ÉTUDES ET ARTICLES SUR ANDRÉ DHÔTEL
c) Travaux universitaires
Philippe Blondeau : André Dhôtel :
le romanesque et le merveilleux
Thèse
de doctorat, Université Paris IV, 2001, sous la direction de M. Michel Jarrety.
Parti d’une interrogation
sur les pouvoirs de séduction de l’œuvre d’André Dhôtel, ce travail se propose
de mettre en évidence une forme personnelle, qui tire son efficacité d’une
articulation particulière du romanesque et du merveilleux, catégorie qu’il
convient d’abord de redéfinir de façon aussi synthétique que possible. On peut,
à partir de là, préciser les contours d’un merveilleux dhôtélien : d’un
point de vue historique, avec quelques évolutions en dépit d’une unité
évidente, il se tient entre un certain roman poétique et une préférence avouée
pour les « conteurs » ; d’un point de vue esthétique, il invente
une démarche singulière, fondée sur le hasard. Ce merveilleux conduit à une
poétique originale qui, à partir d’un matériau conventionnel, cultive le
décalage, l’ironie, la contradiction ou le dépaysement, sur le plan de la
narration, mais aussi sur le plan des personnages, du temps et des lieux. Une
telle poétique, constamment ouverte sur « autre chose », constitue
une manière originale de restituer sur le mode romanesque une expérience
authentique de l’insaisissable, dans une perspective qui fait du merveilleux un
équivalent littéraire de certaines interrogations phénoménologiques
contemporaines de l’œuvre de Dhôtel.
Cet ouvrage a été publié en 2003,
sous une forme légèrement remaniée, aux
éditions de L’Harmattan, sous le titre André Dhôtel ou les merveilles du romanesque.
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Marianna Antonella
Todero : Métamorphose de l’identique dans les romans d’André Dhôtel
Thèse de doctorat - année
académique 2002-2003 - Université de Catane - Faculté de Langue et Littérature
Française - Sous la direction de Madame Carminella Sipala Professeur de
Littérature Française à l’Université de Catane.
Tous les lecteurs qui ont longtemps fréquenté
l’œuvre d’André Dhôtel savent jusqu’à quel point sa production romanesque
révèle une profonde unité reconnaissable au niveau des situations, des
personnages, des lieux et des intrigues. Souvent les critiques ont souligné,
dans le cadre restreint de bref article, l’impression de déjà vu qu’on éprouve
à la lecture d’un nouveau roman de cet écrivain, parfois accusé de n’avoir
écrit qu’un seul grand livre. Notre étude s’est proposée de vérifier si cette
accusation est fondée ou si elle est le jugement superficiel de critiques pressés.
Il s’agira d’abord d’analyser le fonctionnement de la répétition et puis
d’évaluer si elle peut être considérée, plus que comme une faiblesse, comme un
fait fondamental pour la compréhension de cet auteur. Après avoir retracé la
vie de Dhôtel en prêtant un intérêt particulier à ses premiers contacts
littéraires, à ses difficiles rapports avec les maisons d’éditions, au Prix
Femina qui lui ouvrit la voie du succès, et enfin, à sa fortune critique, nous
avons abordé la répétition sous trois angles: répétition à l’intérieur du
polygénérisme, répétition comme retour de thèmes et de motifs et répétition
comme retour de la même structure actantielle.
Dhôtel, pendant sa longue carrière, s’est essayé à
tous les genres; mais le mouvement d’un genre à l’autre n’a pas brisé
l’homogénéité de sa production. Un même texte paraît, à l’analyse de l’écriture
et des traits paratextuels, susceptible d’instaurer en même temps des relations
architextuelles avec des genres différents, mais souvent proches, ou en relation
d’opposition réciproque. Le polygénérisme dhôtélien se caractérise comme
mouvement nié: l’œuvre paraît aller en plusieurs directions, mais en réalité
elle garde toujours sa position. Les critiques et les éditeurs, donc,
s’obstinent à classer comme appartenant à des genres différents des œuvres qui
ne présentent pas de différences essentielles ni au niveau des techniques
narratives employées ni au niveau des thèmes abordés. Dhôtel s’est toujours
amusé à toucher à tous les genres et à les mélanger à loisir dans le même
livre.
Nous avons étudié ensuite la répétition dans ses
valeurs rhétoriques et stylistiques, puis comme une forme d’intertextualité
restreinte, c’est-à-dire comme découverte à l’intérieur des textes dhôthelien
d’un rapport de similitude. Dans le panorama littéraire du XXe
siècle, la répétition ne représente pas une nouveauté. Elle concerne souvent
l’emploi, presque identique, des mêmes énoncés discursifs. Ce type de
répétition introduit dans l’œuvre de profonds bouleversements: elle met en
crise le déroulement progressif de la lecture, l’ordre chronologique des
événements, le statut du personnage et le développement téléologique du récit
en attente de sa clôture. Mais la répétition dhôtélienne n’entame pas les
composantes du récit de fiction: elle concerne les thèmes, les motifs, les
structures actantielles, les noms des personnages et aussi les titres des
œuvres. C’est l’importance de la répétition des titres qui nous a décidé à
créer une bibliographie analytique. La comparaison d’extraits de plusieurs
romans, systématiquement analysés, nous a permis de voir le mécanisme à travers
lequel notre auteur travaille sur la répétition avec variation: tantôt le même
thème, tantôt le même motif revient, et pourtant les résultats obtenus sont
toujours inédits.
Mais c’est au niveau structural que la répétition
acquiert sa meilleure expression. La formule de transformation conjonctive
Greimas nous a permis de dégager à l’intérieur de la production romanesque
dhôtelienne, qui dans sa totalité est objet de notre étude, un corpus de
dix-huit romans.
Selon cette formule, qui représente un programme narratif de base, nous avons
identifié dans chacun des ces romans quatre noyaux diégétiques: 1) projet de
mariage, 2) crise du projet de mariage, 3) reprise du projet de mariage ou
formation d’un nouveau couple, 4) réalisation du projet de mariage 1 ou 2. Ces
quatre noyaux n’épuisent ni la complexité ni le développement chronologique des
romans analysés; d’un roman à l’autre la distance temporelle qui s’écoule entre
les noyaux change sensiblement, mais la succession chronologique n’est jamais
entamée. Ces quatre noyaux sont reconnaissables et actifs même au-delà de notre
corpus: ils feront alors partie de programmes narratifs différents mais
partiellement superposables. Et donc jamais le nouveau ne se présentera sans
accueillir des parties plus ou moins consistantes du déjà connu.
L’œuvre de Dhôtel s’inscrit dans le cycle de
l’éternel retour, mais la répétition pratiquée par notre auteur ne s’est pas
révélée une faiblesse: c’est un élément qui conditionne fortement la
compréhension de sa production et marque son originalité; elle se caractérise
comme recherche de perfectionnement d’un projet: chaque roman peut être
considéré comme réécriture du précédent et comme ébauche du suivant,
participant ainsi à une chaîne de réécritures qui se prolonge ad infinitum.
La répétition comme approximation progressive d’un idéal infiniment perfectible
fait apparaître chaque roman comme l’expérimentation d’une limite de
l’écriture, comme une modalité possible de l’être et de l’écrire. Au lecteur de
reconnaître chaque fois le léger écart qui représente la variation d’un roman à
l’autre: cette variation empêche la parfaite superposition des œuvres et
enrichit le goût du déjà vu avec la découverte du nouveau.
Campements (1930), Nulle part
(1943), Les chemins du long voyage (1949), Ce lieu déshérité
(1949), Bernard le paresseux (1952), Les premiers temps (1953), Mémoires
de Sébastien (1955), Le ciel du faubourg (1956), Le neveu de
Parencloud (1960), Ma chère âme (1961), La tribu Bécaille
(1963), Pays natal (1966), Lumineux rentre chez lui (1967), L’azur
(1968), Le train du matin (1975), Les disparus (1976), Des
trottoirs et des fleurs (1981) et Je ne suis pas d’ici (1982).
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