Un texte de Frédéric Chef sur la réédition du "Club des Cancres"

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Le club des cancres, André Dhôtel

 

Certains livres circulent sous le manteau. Il en est d’autres qui sont ne sont que des titres, tout aussi mythiques. Le Club des cancres d’André Dhôtel fait partie de ceux-là. Petit roman, ou longue nouvelle, ce récit fut publié dans une livraison du « Mercure de France », le 1er mai 1949. C’est à la pugnacité, à la dhôtelophilie de notre ami Jean-Claude Pirotte que nous devons l’édition en volume de ce texte à demi perdu et pour notre bonheur, retrouvé. En effet, les lecteurs de Dhôtel, les inconditionnels du maître d’Attigny, savent qu’il reste, ça et là, quelques petites raretés, des nouvelles plus ou moins inédites et qui restent à réunir comme on reconstitue patiemment un puzzle.

Dhôtel rédige ce texte en 1939. Il a publié Campements, roman d’une rare luminosité, en 1930, L’œuvre logique de Rimbaud, en 1933 et ne fait plus parler de lui. A-t-il pour autant renoncé à écrire ? Non, bien sûr. Depuis une dizaine d’années, il est attelé à la rédaction de David, qui est d’abord refusé par Jean Paulhan et que les éditions de Minuit accepteront en… 1948. Ce sont des années difficiles pour l’écrivain, qui souffre d’un sentiment d’échec devant les tergiversations du « censeur vêtu d’ombre et sans visage, préposé aux refus immotivés », selon les souvenirs de Pirotte, à qui Dhôtel s’était confié à ce sujet, un verre de samos à la main. Ce Club est donc une œuvre de jeunesse, prometteuse, originale, déjà.

Les jeunes lecteurs que nous avons été connaissent le Club des cinq, le Clan des sept. Ils ajouteront à leurs souvenirs d’enfance retrouvée ce Club des cancres, cette société secrète fondée par trois loustics un peu rêveurs, qui refusent de céder à l’autorité scolaire et à sa morphologie latine. Ils ont en tête des « projets insensés », recherchent des « roses fantastiques », enferment des « pinsons des Ardennes » dans leurs cartables, affrètent une flotte de petits bateaux dans la cour de récréation, qu’ils ont d’abord inondée. Tout cela n’est pas bien méchant, c’est vrai. Cacheux, Simonet, Sésostris espèrent d’ailleurs le pardon des adultes, tant il est vrai qu’il « existe un dieu pour les cancres. » La fantaisie, néanmoins, n’a pas sa place à l’école : Cacheux, le fondateur du club, est renvoyé. Chacun plie bagage,  décide, en ordre dispersé, d’illustrer l’art de la fugue. A la manière des petits Rimbauds, poches crevées, paletot idéal et souliers blessés, nos trois vagabonds du rail resquillent et prennent la clé des champs. Les grandes personnes, elles, s’apprêtent à d’autres exodes, révisant les règles d’un jeu plus sérieux, puisque la drôle de guerre vient de commencer. Avec elle, bien des certitudes sont remises en cause, enfin : « les gens se mettaient peut-être à comprendre que bien des choses n’avaient pas plus d’importance que certaines autres. » C’est la leçon du désordre, que les enfants, bien évidemment, avaient reçue avant tout le monde. Les cancres, une fois pour toutes, refusent les tableaux d’honneur et les services obligatoires de l’existence.

Le reste, vous le découvrirez par vous-mêmes. Nous ne voudrions pas éventer notre sujet, encore moins rompre le charme délicieux d’une oeuvre majeure. Oui, Le Club des cancres est un grand livre, où l’univers dhôtélien, avec ses fugueurs magnifiques, ses fils rebelles et ses éternels grévistes, s’ouvre à l’infini des possibles. Ici comme ailleurs, Dhôtel se passe de livrer des messages, d’enseigner des valeurs ou d’instiller les microbes de la contre culture. Néanmoins, un esprit de révolte tranquille souffle sur ces pages illuminées, où  les bouquets de plantain des bords de route livrent leur poésie. Une fois n’est pas coutume, Dhôtel charme son lecteur, l’entraîne sur les chemins de l’aventure, avec une fabuleuse économie de moyens.

Laissons le dernier mot à Pirotte, auteur d’une magnifique postface à l’ouvrage : « Lisons Dhôtel, respirons l’air frais et mystérieux qui circule dans ses « écritures », et suivons les chemins du pèlerinage sans fin qu’il nous propose. Dhôtel est parmi nous. »

 



Frédéric Chef

André Dhôtel, Le club des cancres, postface de Jean-Claude Pirotte, La Table Ronde, 112 pages, 13, 50 euros                              

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